Finance verte : quand « rentable » rime avec « responsable »

Publié le 15 Nov 2019

Rédigé par Julie François

Patrimoine

Problématique de niche, il y a encore quelques années, la finance verte est devenue un enjeu majeur pour le secteur. La performance financière n’est plus le seul objectif. Les thématiques environnementales sont devenues un leitmotiv de la gestion des actifs, mais leur intégration pose plusieurs questions.

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Les PRI, nouvel enjeu de la finance

Le monde de la finance entre dans une nouvelle ère, celle de l’investissement socialement responsable. Autrement dit, il s’agit d’investir dans des actifs d’entreprises qui respectent une certaine éthique. Il ne s’agit plus simplement de rentabilité financière, mais également de stratégie économique à long terme qui tend à favoriser les entreprises soucieuses de respecter l’environnement et les égalités sociales.

Ce modèle, dénommé Principes de l’Investissement Responsable (PRI), a été initié par les Nations unies en 2006, pour intégrer les enjeux liés à la nécessité de se tourner vers un modèle de développement économique plus durable. Dans ce contexte, les acteurs du secteur financier peuvent s’engager volontairement à intégrer les problématiques Environnementale, Sociale et de Gouvernance (ESG) à leurs investissements.

Si la démarche est initialement basée sur le volontariat, le phénomène a pris de l’ampleur ces dernières années. Les critères ESG sont désormais un incontournable des stratégies financières pour les gérants d’actifs.

1 458 milliards d’euros

C’est le montant de l’encours de la gestion Investissement Responsable (IR) en France fin 2018, dont 417 milliards d’euros en ISR et 1 042 milliards d’euros en autres approches ESG (hors stratégies d’exclusion seule). À périmètre constant, les encours IR progressent de 40 % sur un an (Source : AFG).

Les critères ESG, comment ça fonctionne ?

Les critères ESG sont des critères extra-financiers qui permettent de mesurer le degré d’engagement d’une entreprise vers le développement durable à travers ses activités et sa stratégie à moyen et long terme. Cette évaluation s’articule autour de trois axes :

  • L’environnement : il s’agit d’évaluer les risques et l’impact de l’activité d’une entreprise sur l’environnement (consommation d’énergie, bilan carbone, gestion de l’eau et des déchets…)
  • Le social : il est destiné à mesurer la qualité du dialogue social, la formation des salariés, la prévention des atteintes aux droits de l’Homme…
  • La gouvernance : l’idée est d’évaluer la façon dont l’entreprise est gérée et dirigée.

Ne pas confondre ESG et ISR

L’intégration ESG inclut les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans l’analyse financière de l’entreprise. Il s’agit d’un complément d’information non-contraignant pour l’investisseur. En revanche, l’investissement socialement responsable (ISR) est la stratégie de gestion élaborée à partir des critères ESG. L’univers d’investissement se construit à partir de cette stratégie et exclut les entreprises ou les secteurs qui ont de mauvaises pratiques. Aussi, l’intégration ESR ne signifie pas nécessairement qu’un fonds soit « ISR ».

L’ISR, un frein à la rentabilité ?

Plusieurs investisseurs argumentent que la prise en compte des ESG peut être un frein à la performance financière. On ne pourrait donc pas investir de manière rentable et responsable à la fois. De nombreuses études menées depuis une dizaine d’années montrent qu’il n’y a pas de différence significative entre un fonds conventionnel et un fonds ISR. Autre point positif, l’intégration ESG permet aux gérants d’actifs de mieux comprendre la stratégie des sociétés et leurs activités. Ainsi, il est possible d’influencer les pratiques d’une entreprise, grâce à la prise en compte des critères ESG, puisqu’à terme, si celle-ci ne contribue pas au développement durable, sa compétitivité et sa performance économique seront impactées.

Une finance de conviction fédératrice.

La finance verte tente donc d’allier performance financière et conviction. Cette philosophie a gagné de nombreux adeptes parmi les gérants d’actifs ces dernières années. Une récente étude de Natixis Investment Managers révèle que quatre investisseurs individuels sur cinq recherchent des placements qui reflètent leurs valeurs personnelles. Côté investisseurs institutionnels, 55 % ont l’intention d’augmenter leurs allocations en stratégies ESG cette année. Enfin pour plus de la moitié des conseillers indépendants en gestion de patrimoine, des sélectionneurs de fonds professionnel et des institutionnels, les placements ESG ont un potentiel alpha. Conclusion, le modèle prend de l’ampleur et devient peu à peu mainstream.

4 investisseurs sur 5

cherchent à investir dans des placements qui sont en accord avec leurs valeurs personnelles.
(Source : Natixis Investment Managers)

L’organisation à l’origine des PRI a publié il y a peu des guides pratiques sur l’intégration des critères ESG dans certains types de placements financiers comme la gestion immobilière, le « private equity » ou encore les hedge funds. Elle tente ainsi de répondre aux besoins des investisseurs. Mais cette petite révolution s’inscrit dans une prise de conscience plus large que la nécessité de se tourner vers d’autres méthodes. Ainsi, la Commission européenne a publié un plan d’action sur la finance durable. Conséquence de ces avancées, les critères ESG ne concernent pas uniquement les actifs d’entreprises privées ; ils sont désormais appliqués aux emprunts d’État.

L’investissement socialement responsable : comment ça fonctionne ?

Désormais bien installé dans le milieu financier, l’ISR a subi de nombreuses évolutions et se présente sous différentes formes. Être investisseur et avoir des convictions est une chose, connaître le marché de l’ISR en est une autre. Ce type de stratégie tente de combiner l’engagement éthique, les critères ESG et pousse le modèle de finance verte plus loin en tentant de s’orienter vers des actifs à impacts sociaux et environnementaux positifs. Il existe donc plusieurs types de gestion en fonction du degré d’engagement voulu par le gérant.

Les typologie des gestions

Valeurs éthiques Gestion des risques ESG
Impacts positifs sur le développement durable
Exclusions éthiques Exclusions normatives Intégration Sélection ISR Investissement thématique ESG Investissement d’impact
Exclusion de secteurs ou d’activités basées sur des considérations éthiques (armement, alcool…) Exclusion des entreprises ne respectant pas certains standards internationaux Intégration des enjeux ESG à l’analyse fondamentale Intégration des enjeux ESG à l’analyse fondamentale et à la composition du portefeuille en ne sélectionnant que les meilleurs acteurs Investissement dans des entreprises positionnées sur des thématiques ESG (climat, capital humain…) Investissement dans des entreprises dont l’activité génère de manière intentionnelle et mesurable des impacts environnementaux et sociaux positifs

Source : DNCA

La délicate application du système de notation

Si la sensibilisation des investisseurs à l’investissement socialement responsable est en marche, la mise en pratique peine à faire son chemin. En effet, la méthode d’évaluation des actifs des entreprises pose questions. Bien que tous les investisseurs travaillent à l’amélioration des méthodologies pour mieux distinguer les bons des mauvais élèves, il reste très difficile de mesurer l’impact réel de la prise en compte des critères ESG sur la composition du portefeuille.

L’intégration des critères ESG implique un système de notation. Cette grille d’analyse s’applique aux entreprises, mais également aux États. Toutefois, cette méthode fait débat, car s’il est possible de mesurer l’impact financier des aspects extra-financiers, il est difficile de savoir quand cela aura lieu. Certains spécialistes préconisent de croiser les données ESG avec des données macro-économiques. Par exemple, concernant les emprunts d’État, la situation économique et politique du pays concerné peut apporter un éclairage pertinent. Toutefois, il est parfois compliqué de mesurer l’impact d’un risque potentiel. Ainsi, par exemple, malgré son système d’évaluation pointu, la Caisse des Dépôts (CDC) n’avait pas anticipé l’explosion sociale au Chili.

De nouveaux critères d’évaluation

Les PRI cherchent à intégrer de nouveaux outils de mesure pour mieux évaluer les bonnes pratiques. Ainsi, la note décernée aux entreprises à travers le système d’évaluation existant ne devrait plus seulement prendre en compte le reporting, mais également les pratiques des gérants dès l’année prochaine. Autrement dit, il ne s’agit pas uniquement de mesurer l’action de l’entreprise à travers son activité et son bilan, mais également en analysant les politiques internes mises en place, comme, par exemple, le respect de l’égalité homme-femme. L’objectif de cette mesure est de distinguer les entreprises qui pratiquent le marketing vert, de celles qui s’engagent véritablement.

Durcissement des mesures : l’exemple de l’Erafp

Dans un souci d’amélioration des méthodes d’évaluation, certains institutionnels, comme l’Établissement de retraite additionnelle de la fonction publique (Erafp), ont mis en place, en complément des critères ESG, des filtres supplémentaires pour mieux répondre à l’objectif d’une gestion financière responsable. Les filtres d’exclusion sont appliqués dans le cadre d’emprunt d’État. L’idée est d’exclure les dettes des États qui ne respecteraient pas certains standards en matière de droits de l’Homme ou de préservation de l’environnement. Ainsi, l’Erafp exclut les emprunts d’État qui concernent des pays où la peine de mort, la torture ou encore les enfants-soldats sont des pratiques non-bannies. Bien que la rentabilité reste l’objectif premier des investisseurs du secteur financier, la finance verte bouscule les normes et fait germer de nouvelles pratiques. L’image des requins de la finance sans scrupules semble donc révolue.

En résumé

  • La finance verte est une nouvelle vision de la finance centrée sur les principes de l’investissement responsable (PRI). Elle a pour but de combiner rentabilité et engagement pour le développement durable.
  • Elle inclut, dans les parts des entreprises cotées, les critères ESG. Ces critères mesurent le degré d’engagement d’une entreprise vers le développement durable à travers ses activités et sa stratégie à moyen et long terme.
  • Selon une étude, 4 investisseurs sur 5 cherchent à investir dans des placements qui sont en accord avec leurs convictions personnelles.
  • Un système de notation a été mis en place afin de mesurer le degré d’engagement des entreprises. Ce même système permet aux investisseurs de choisir les types de gestion des placements en accord avec leur objectif de rentabilité et leurs convictions.
  • Si ce système de notation est initialement prévu pour les entreprises, mais il s’applique aussi aux emprunts d’État. De fait, les institutions marquent le pas en durcissant les critères.

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Julie François

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