Livrets d’épargne: Bercy traque les doublons

Publié le 25 Mar 2021

horloge Lecture de 3 min.

Rédigé par Jean-Baptiste Da Mota

Thématique : Placements financiers

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Les montants exceptionnels épargnés par les Français en raison de la crise sanitaire, des confinements successifs et de la fermeture des commerces ont poussé Bercy à prendre des dispositions pour réorienter l’épargne des Français vers l’économie. Parmi ces mesures, un décret, paru le 14 mars dernier, vise à renforcer les contrôles sur la multidétention des produits d’épargne réglementés. Il vise aussi à simplifier l’accès au Livret d’épargne populaire (LEP). Explications.

Le livret A et le LDDS atteignent de nouveaux record

En 2020, l’épargne accumulée par les Français atteignait des niveaux records. Il semblerait que la tendance persiste en 2021. Au mois de janvier, le livret A et le livret de développement durable et solidaire (LDDS) ont enregistré une collecte positive de 7,19 milliards € d’après les chiffres de la Caisse des Dépôts (CDC). Une hausse de 58 % par rapport au mois de janvier 2020. En tête des placements privilégiés, on retrouve le livret A, qui capte l’essentiel des flux d’épargne (6.32 milliards €), puis le livret de développement durable et solidaire (LDDS) qui enregistre une collecte de 870 millions €, soit plus du double du montant enregistré en janvier 2020.

Avec ces premières estimations, il y a fort à parier que les 130 milliards € de surplus d’épargne accumulés depuis le début de la crise sanitaire ne vont pas dégonfler. Si, on en croit les estimations de la Banque de France, qui porte le chiffre à 200 milliards € d’ici fin 2021, l’épargne des Français devrait continuer sa fulgurante ascension. Dans le contexte d’incertitude actuel, il est clair que les Français privilégient l’épargne liquide. Selon un sondage réalisé en février 2021 par Ipsos et le Cercle des épargnants, la plupart des Français préfère choisir un placement qui rapporte peu, mais peu risqué, tels que les livrets d’épargne. Parmi les raisons de ce comportement, on trouve bien évidemment la crise liée au Covid-19, mais également le manque d’informations concernant les options d’épargne. Toutefois, toujours selon le sondage, il est intéressant de noter qu’en 2021, 47 % des Français n’ont ni l’intention d’épargner, ni l’intention de puiser dans leur épargne pour consommer.

Livrets d’épargne : la traque à la multidétention est lancée

Alors que la question du fléchage de l’épargne accumulée vers l’économie réelle est au cœur du débat politique, un décret, paru au « Journal officiel », le 14 mars 2021, vient renforcer les contrôles autour des livrets d’épargne réglementés, à savoir le livret A, le LDDS et le livret d’épargne populaire (LEP). À travers cette mesure, Bercy cherche à mieux faire respecter le code monétaire et financier : un contribuable français ne peut détenir qu’un seul produit défiscalisé de chaque catégorie. Pour rappel, une personne détenant deux livrets A ou deux LDDS est passible d’une amende égale à 2 % de l’encours. En effet, les doublons existent souvent par manque d’informations. Certains épargnants ont ouvert un livret A à leur enfant sans en informer ces derniers qui ouvrent par la suite d’eux-mêmes un second livret A. Ainsi, entre 2016 et 2018, on estimait le montant d’avoirs non-réclamés issus de produits de type Livret A, LDDS ou LEP à 1,5 milliards €.

Autre objectif de ce décret : inciter les ménages modestes à opter pour le livret d’épargne populaire (LEP). Selon le gouverneur de la Banque de France, « seuls 7.3 millions de LEP sont ouverts, alors que près de 15 millions de ménages sont éligibles à ce livret ». Proche du livret A, ce produit présente toutefois un taux plus intéressant, à 1 %, contre 0.5 % pour le livret A. Contrairement au livret A, l’épargnant doit avoir des revenus modestes pour pouvoir ouvrir un LEP. Le décret stipule que, désormais, il reviendra aux banques de vérifier elles-mêmes auprès de l’administration fiscale (DGFIP) l’éligibilité de leurs clients à ces comptes. Auparavant, c’était à l’épargnant de fournir un justificatif pour accéder à ce type de livret d’épargne.

Bercy cherche à réorienter l’épargne de crise des Français

Si ce nouveau décret ne révolutionne pas les solutions d’épargne des Français, on note un intérêt de plus en plus prononcé de Bercy pour ce surplus accumulé durant la crise sanitaire. Pour rappel, l’encours total de ces livrets défiscalisés représentait 448 milliards € fin 2020. Un véritable débat politique s’est ouvert autour de l’orientation de cette épargne. Taxée ou orientée ? Telle est la question qui agite experts et politiciens. À tel point que Bruno Le Maire prévoit de présenter, prochainement, un « dispositif pour assurer que l’épargne des Français va bien à la relance de l’activité économique et aux entreprises françaises ». Selon les dernières informations émanant de Bercy, le ministre de l’Économie entend privilégier les petites donations (environ 10 000 €), afin de libérer l’épargne accumulée durant la pandémie. L’orientation choisie serait de favoriser le transfert de devise entre générations, comme ce fut déjà le cas avec l’abattement exceptionnel sur les donations aux enfants ou petits-enfants qui souhaitent construire leur résidence principale ou créer une entreprise.

Si certains proposaient la création d’un livret spécifique, d’autres arguaient en faveur d’une taxation de l’épargne accumulée. Le gouvernement a explicitement réfuté une hausse des impôts et semble rester frileux à la création d’un « livret d’épargne Covid ». La piste de prêts ou de dons entre générations reste donc le plus probable au regard des dernières annonces. Toutefois, certains experts pointent déjà du doigt cette solution qui concernerait principalement les ménages aisés. Le consensus sur la solution à adopter est loin d’être trouvé.

En résumé

  • L’épargne accumulée depuis le début de la crise liée à l’épidémie de Covid-19 continue de croître. Le livret A reste le produit d’épargne privilégié des Français, suivi du LDDS.
  • Un décret, paru le 14 mars dernier, vient renforcer le contrôle de la multidétention de ces livrets d’épargne. Il vise également à relancer l’attrait des ménages pour le LEP.
  • Cette mesure, plus symbolique que révolutionnaire, s’apparente à une introduction avant l’annonce gouvernementale des dispositifs destinés à réorienter l’épargne des Français vers l’économie réelle. Si plusieurs pistes sont sur la table, aucune ne semble faire l’unanimité.

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Jean-Baptiste Da Mota

Ingénieur Patrimonial

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