Comment détecter les fake news financières

Publié le 14 Mai 2021

horloge Lecture de 4 min.

Rédigé par Julie François

Thématique : Placements financiers

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La manipulation de l’information financière est devenue monnaie courante. Les entreprises sont les premières cibles et les fake news diffusées à leur sujet ne sont pas sans impact sur la Bourse. Certaines d’entre elles s’organisent pour mieux lutter contre ce phénomène. Voici ce qu’il faut savoir sur les fake news financières pour mieux les détecter.

L’information financière, nouvelle cible des fake news

Ce n’est pas un phénomène nouveau. Il est simplement en pleine croissance et donc plus visible. La « fake news », information fausse, en français, est une technique frauduleuse consistant à publier une information erronée pour le compte d’une personne ou d’une entreprise. La dernière « fake news » en date concerne le groupe pétrolier portugais Galp. Le 1er avril dernier, un communiqué frauduleux annonçait que le groupe abandonnait sa participation dans le nord du Mozambique pour poursuivre un « avenir 100 % renouvelable ». Mauvais poisson d’avril. Le cas n’est pas isolé. Parmi les entreprises victimes de faux communiqués, on peut citer de grands noms : Bank of America, General Electric, Pfizer, Intel, Shell, Chevron, Google ou encore BlackRock.

Les « fake news » peuvent prendre diverses formes suivant l’objectif recherché par le pirate. La forme la plus connue, car très médiatisée suite à l’élection de Donald Trump, est le faux site internet. Il s’agit de la méthode privilégiée pour la manipulation politique. En revanche, lorsqu’il s’agit de manipuler l’information financière, les pirates choisissent de publier de faux communiqués de presse ou d’usurper l’identité du dirigeant, comme ce fut le cas, en 2019, pour Larry Fink, dirigeant de BlackRock. Une fausse lettre envoyée par e-mail, émanant soi-disant du gestionnaire d’actifs, indiquait que celui-ci allait vendre ses actions dans les sociétés qui ne respecteraient pas les objectifs de l’accord de Paris sur le climat. Cette information a été reprise par divers médias très sérieux comme le « Financial Times ».

De véritables impacts en Bourse

Si certaines « fake news » passent inaperçues, d’autres sont relayées par les médias et peuvent avoir de graves conséquences financières sur l’entreprise ciblée, qui parfois se chiffrent en milliards d’euros. Vinci en a fait les frais en 2016. Le mardi 22 novembre 2016, les agences de presse Bloomberg, AFP, Reuters et diverses rédactions reçoivent un communiqué de presse, par e-mail, semblant provenir du service de presse du groupe Vinci. Le communiqué annonçait des détournements de fonds massifs et le licenciement du Directeur Général adjoint et du Directeur financier. Le courriel comportait bien la signature du service de presse.

Mais le diable se cache toujours dans les détails : c’est le numéro de téléphone de la signature qui ne correspondait pas à celui du véritable service de presse de Vinci. Les journalistes appelant pour confirmer l’information tombaient sur une personne n’appartenant pas à Vinci. L’information a été relayée par les médias le jour-même. Conséquence directe en Bourse : le cours de Vinci a chuté de 19 %, passant de 61,56 € à 16 h 04 à 49,93 € à 16 h 15. Avant que le communiqué ne soit démenti par les services de Vinci, 7 milliards d’euros se sont évaporés dans la tourmente boursière. Malgré le démenti, le cours n’a pas retrouvé son niveau avant la fin de la journée et a clôturé en baisse. Ces fausses informations coûtent cher aux entreprises et sont difficiles à détecter.

Ce type de pratique est motivé par l’appât du gain. Les pirates cherchent à influencer les marchés financiers afin de profiter des mouvements qu’ils ont eux-mêmes provoqués via l’envoi d’une fausse information. Un autre objectif est parfois poursuivi par certains pirates : nuire à la réputation d’une entreprise. Il s’agit, dans ce cas, d’actes de militantisme souvent mis en œuvre par des activistes politiques ou écologistes. Si le but recherché peut varier, les « fake news » financières se présentent toujours de la manière suivante : un faux communiqué envoyé via une fausse adresse e-mail, avec un lien pointant vers un faux espace presse et un faux numéro de téléphone permettant d’appeler un faux service de presse. Pour le journaliste, qui souhaite vérifier l’information, il est difficile de détecter la supercherie, car au bout du fil, le pirate lui confirmera l’information, même si cette dernière est fausse.

Le multicanal pour repérer les fake news

Le phénomène est loin de s’essouffler. Il est donc essentiel pour les entreprises de s’en protéger et pour les investisseurs d’apprendre à les repérer. Une manière de se prémunir, qu’on soit dirigeant d’entreprise ou investisseur particulier, est de privilégier le multicanal. Dans le cas d’une entreprise, il s’agit de diffuser une même information sur plusieurs canaux parallèles (site internet, comptes de plusieurs réseaux sociaux, etc.). S’il est aisé de hacker un canal ou d’envoyer un faux communiqué aux médias, il est difficile de hacker plusieurs canaux pour voir cette information relayée partout.

Pour l’investisseur, il s’agit donc de multiplier les sources d’information. Si les médias spécialisés dans la finance sont souvent une source à privilégier, ceux-ci ne sont pas à l’abri de diffuser des « fake news ». Ils sont même devenus une cible toute trouvée pour la diffusion massive de fausses informations. Toute information concernant une entreprise cotée ou non doit être vérifiée et confirmée par les canaux officiels de celle-ci. Si vous ne voyez aucun communiqué de presse publié sur le site, il peut donc s’agir d’une « fake news ».

Les méthodes pour manipuler l’information évoluent également. Parmi les nouveautés, on peut citer les « deepfakes ». Les « deepfakes » sont des vidéos visant à tromper le téléspectateur. Elle montre une personne connue ou non faisant ou disant des choses qu’elle n’a jamais faites ou dites. Cette technique repose sur l’intelligence artificielle. L’évolution croissante des technologies rend l’exercice de détection des « fake news » de plus en plus ardu.

La blockchain comme rempart ?

La prolifération de ces fausses informations coûte cher, aussi bien sur le plan financier que sur le plan de l’image, aux entreprises prises pour cible. Une étude de l’université américaine de Baltimore a estimé, en 2019, le coût de la manipulation d’information à 17 milliards de dollars aux Etats-Unis. Pour se prémunir des informations fausses qui circulent sur leurs comptes, certaines entreprises françaises, comme AXA, BNP Paribas, Crédit Agricole, Engie, Air Liquide, Schneider, L’Oréal, Renault, ou encore Bouygues, prennent les devants et investissent dans un outil permettant de lutter contre les « fake news ».

Pour protéger les entreprises et les médias contre les « fake news », cet outil utilise la technologie de la blockchain. Pour rappel, la blockchain est une technologie de stockage et de transmission de l’information qui se sert du chiffrage et permet de sécuriser les données transmises. Via cet outil, les services de communication et presse des entreprises peuvent télécharger des documents et les « certifier », avant de les transmettre via la blockchain. De cette manière, les destinataires du document pourront être sûrs qu’il s’agit de l’authentique et non d’un faux. La blockchain permet de vérifier l’authenticité du document mais pas la véracité des informations. Il s’agit là d’une des limites de cette technologie qui présente cependant pour les entreprises de gros avantages.

En résumé

  • La propagation des « fake news » dans le domaine de l’information financière présente un véritable risque, aussi bien pour les entreprises que pour les investisseurs.
  • Certains exemples ont démontré les graves conséquences boursières d’une fausse information quand elle est relayée par les médias.
  • Si elles prolifèrent, les « fake news » peuvent être détectées. Il convient donc de faire preuve de vigilance et d’adopter les bonnes pratiques pour les repérer.
  • Depuis quelques années, de nombreuses entreprises investissent dans des outils pour mieux lutter contre les « fake news ». La blockchain pourrait être l’une des solutions.

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Julie François

Rédactrice spécialisée en gestion de patrimoine, économie, finances

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